الرئيسية / A Zarzis, les premiers voyageurs vont enfin pouvoir débarquer

A Zarzis, les premiers voyageurs vont enfin pouvoir débarquer

 

Pouvoir rentrer directement à Zarzis sans s’arrêter à Tunis… 360 000 Tunisiens originaires du sud et immigrés en Europe vont pouvoir le faire dès le mois de juillet. Un long combat mené contre l’Etat par une association. Récit.

 

Il reste encore quelques travaux à faire dans les hangars et installer le poste douanier. Mais le port de Zarzis va enfin pouvoir ouvrir ses quais aux voyageurs venus d’Europe. Notamment aux 360000 Tunisiens expatriés originaires du sud. La création de cette nouvelle ligne maritime est le fruit d’une lutte de presque un an portée par des Zarzisois émigrés voulant améliorer l’attractivité du sud tunisien.

 

156-300x199Jusqu’à présent, un croisiériste provenant d’Europe devait faire escale près de Tunis, au port de la Goulette. Zarzis se situant dans le sud-est de la Tunisie près de l’île de Djerba, les Zarzisois devaient parcourir plus de 500 km pour rejoindre leur région natale, soit près de 8 heures de bus.

Cette opération en cours de finalisation ne doit rien à l’intervention des pouvoirs publics. Ceux-ci ont toujours privilégié le port de la capitale, au détriment de tous les autres. Sous Ben Ali, « ce type de projet était tout simplement interdit », souligne Toumi Lazkhar, président de l’association Dar Zarzis (dar signifie maison en arabe), créée voilà un an pour porter le projet. Une tradition qui perdure depuis la révolution. « Les instances du nord du pays, notamment les ministères de l’Intérieur et des Transports, s’y sont opposés pour conserver l’attractivité du nord », insiste-t-il. Motif officiel : la ligne maritime est inexploitable. Pourtant des marchandises transitent déjà depuis 1986 vers Zarzis.

L’association décide de contourner l’Etat et se tourne vers un armateur privé italien, Alberto Lazzaretti. Après dix mois de travail dans la discrétion la plus totale, Dar Zarzis met le ministère des Transports devant le fait accompli en organisant une grande conférence de presse surprise le 7 mai dernier.


145

«Une bombeAu ministère de l’Intérieur, ils nous ont dit qu’on leur avait tendu une belle perche », assure Toumi Lazkhar. Le contrat avec l’armateur est alors signé. Seule obligation restante : aménager les installations portuaires pour l’accueil des voyageurs et des véhicules. Des travaux dont le coût est évalué entre 100 000 et 150 000 dinars par Dar Zarzis.

 

 

Un vrai levier économique pour le sud tunisien

Seul inconvénient de cette nouvelle route : la durée. Il faut trente-quatre heures pour relier Savona (Italie), le seul port de départ de la traversée, à Zarzis contre vingt-quatre pour rejoindre Tunis. Une traversée qui devrait coûter entre 600 dinars et 630 dinars (environ 300 à 315 euros), soit 10 % de plus que le trajet vers Tunis.

La baisse du tourisme que connaît la Tunisie depuis un an ne devrait pas être un obstacle pour le projet. En effet, la première cible de Dar Zarzis : les immigrés vivant et travaillant en Europe originaires du sud du pays. Mais à moyen, terme, le tourisme pourrait aussi redevenir une priorité pour la région.

La réussite de ce projet s’annonce déjà comme un levier incontestable pour la région. « Des entreprises étrangères vont pouvoir venir s’implanter ici, et diminueront leurs coûts de transports », se réjouit Atia Lorayedh, directeur général de la zone franche de Zarzis. Jusqu’au mois de septembre, deux croisières sont programmées par semaine, au départ de Savona.  La première traversée, le 1er juillet est déjà… complète.

 

samedi 26 mai 2012

Par Anthony Rech – Photos : Mohamed Iyadh Labben