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Au gré de mon nez

Sniff I : Sorti de bonne heure, répondant à l’appel de mon incurable silexmania, j’ai sillonné l’endroit que j’ai appelé et codifié Zarzis 235, pendant les quelques heures de la matinée jusqu’aux limites de mon endurance à la chaleur et la fatigue. Bien sur, le plaisir des trouvailles, parvenait toujours à me faire surmonter les diverses difficultés de mes vagabondages hors pistes et hors sentiers battus. Dés le début, j’ai trouvé de belles pièces sous formes de silex en feuilles de lauriers, des bifaces, des broyons et des morceaux de meules. Ce n’était pas facile à cause de la déformation de certains endroits par les niveleuses et les bulldozers des entrepreneurs des routes, qui ont déformés le paysage en puisant du sable et du remblai dans touts les monticules et toutes les collines situées tout au long des routes du sud. Comme toujours, j’ai relevé le défi de trouver des objets dans ce carnage et même parmi les restes de dépôts de gravier, j’ai trouvé de beaux silex, au damne de tous les destructeurs et pollueurs de la nature. Suivant les indices indicateurs des restes de coquillages et de brûlis, je passais des heures à tourner en rond et dévaler des kilomètres sans la moindre lassitude, cueillant dans mon sac tout ce qui est en rapport avec la vie et le passage de l’homme primitif. Ce jour là, midi s’approchait et mon parcours s’enfonçait dans les terres quand j’ai senti une agréable odeur d’herbes sèches brûlés. Leur parfum était intense et me guidait par le bout du nez comme un bateau à voile palpitant manœuvrant à droite puis à gauche pour arriver à destination en naviguant contre le vent. Cette attirance avait doublé quand une odeur additionnelle parvint aux narines de Boughmiga qui sur une longue période de sa vie, était dépendant des verres de thé noir obligatoires matin et soir. Le berger était là, à alimenter le feu et placer le pot de thé soigneusement comme un rituel Nippon ou un « Tea-time » Anglo-Saxon. Sous le regard d’une centaine de moutons au repos, j’ai entrepris mes salamalecs avec le mec qui m’offrait un verre écument que j’ai gentiment refusé à cause de mon début de diabète. Il venait de l’intérieur du pays et gagnait trois cent dinars par mois, mais la tâche était très dur car après le moutons il devait fournir les aliments complémentaires dans l’étable et ramener les chameaux épars dans la région. Pourtant, il ne se plaignait pas du tout et s’assumait bravement dans sa tâche. Il m’avait aussi renseigné sur des endroits où il y a des coquillages et du brûlis, que je connaissais déjà. Sniff II : Le dimanche suivant, je me suis trouvé dans un endroit appelé « Khachm el Kelb », Naso die cani, the dogs nose, die Nase der Hund, le nez du chien… Fenzouzitt el Habhaba en arabe, pendant qu’un grand Siroco très chaud soufflait à gogo comme un chalumeau, sur ce solo dingo avec son bâton et son sac postal sur le dos. Malgré la sueur, Il a fallu que je mette le capuchon au dessus de mon chapeau pour atténuer l’effet du vent et du sable frappant mes yeux et mon visage. Dans ces conditions extrêmes, je parvenais à trouver des objets intéressants que les vents découvraient presque sous mon regard. En effet, c’est une année difficile sans pluie, sans herbes, et je serais le seul dans le Bled à profiter de cette situation pour découvrir du silex au raz du sol. Plusieurs sensations se relayaient sur moi, ma langue s’asséchait, les jambes fléchissaient à force de braver la marche dans le sable, mes yeux se noyaient dans la sueur, mes reins me coinçaient en permanence et mon souffle était perturbé par l’effort et le vent contrariant. Personne ne peut imaginer que cette sortie était sans eau et je n’étais sauvé que par le peu d’eau au fond d’une bouteille minérale trouvée de justesse entre les chaises de ma voiture. Je m’attardais quelques fois sous l’ombre des oliviers dont je ratissais les alentours. A un moment, j’ai fait une pose sur mon sac de toile avec le dos contre le vent. Si ce n’était la tempête Saharienne qui limite la visibilité, l’endroit serait merveilleux et le panorama grandiose. J’ai commencé à imaginé un levé de soleil pour un guerrier primitif repérant du haut de cette colline ses proies et tâtant sa lance et sa fronde pour attaquer. Des mouches me piquaient inlassablement et bivouaquaient sur mon dos en attendant mieux. Un bourdon s’attarda devant mon visage et plusieurs scarabées charognardes faisaient les va et vient autours de moi, humant au gré du vent cette odeur humaine prometteuse et celle des cellules en putréfaction pour régénération. Sans m’attardé, j’ai levé l’ancre « le sac » et le plaça sur mon dos pour continuer à ratisser méthodiquement les oliviers une à une, profitant des travaux d’avant la cueillette, balayage du pourtour de l’arbre, et d’après la cueillette, le tamisage dont les rejets est composé de pierres qui souvent contiennent aussi du silex. Dans ce mouvement, je constatais les traces des activités et des efforts des ouvriers et ouvrières agricoles qui s’installaient en famille pour venir à bout de la récolte record de cette année. Par respect à ces gens, je ramassais respectueusement les peignes en plastique qu’ils utilisaient pour faire tomber les olives, et ce, pour les mouvements, la passion, les sentiments et la joie de vivre qu’ils avaient accompagnés. Soudain, sans prévenir, elle est venue, agréable, douce, enveloppante, sur les bouts de pieds, sentant l’arôme familier des algues marines….et stupéfait, je suis resté debout, à l’accueillir, à l’embrasser de tout mon corps et mes sens….chose que ne m’arrivait que quand pendant d’aussi grandes chaleurs j’allais loin dans la mer et plongeais au fond pour retrouver cette fraîcheur salvatrice. En effet, c’était la brise du Nord-est, « Melthem » qui se substitua au Sirocco de l’Ouest en quelques secondes, pour changer comme par une baguette magique, la chaleur torride en souffle agréable et épanouissant. Je ne pus alors, que regarder au ciel pour vénérer et remercier Dieu, pour la beauté de sa création et sa générosité. Certainement, les chiens, les renards, les lièvres, les hérissons, les porc-épics, les insectes, les oiseaux, … auraient fait de même, avec leurs nazillons,regardant vers le céleste, pleins de gratitude et de reconnaissance.

Lihidheb Mohsen 20.03.2013