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Blitzkrieg sur Tataouine

Il a fallu que je roule deux heures vers l’ouest, dans un après midi chaud d’une journée de sirocco. Hichem, Khallfallah, Guerguebia, Neffatia, Oued el Ghar, …tout en prenant sans hésitation les stoppeurs, des paysans ou des ouvriers agricoles venus s’approvisionner en vivre et rentrer aux nouvelles fermes de plantage d’oliviers. Il parait que des milliers sont plantés et entretenus par l’irrigation et les soins, dans un milieu hostile et sec. Bien sur, en investigateur et passionné de la préhistoire, je ne manquais pas de leur demander s’ils connaissaient des endroits avec des pierres brulées et des coquillages. Entre les dunes de sable, les collines rocailleuses et les petits plateaux isolés portant encore, les traces des vagues de la mer d’autrefois, comme un collier au cou, avec des trous, jadis, pour les pieuvres et le mérou. Des montagnes, aux ossements de dinosaures mammifères et reptiliens au raz du sol, avec ça et là des troncs d’arbres fossilisés depuis de centaines de milliers d’années. Sans trouver de résistance, j’ai pris la ville par surprise et la traversa facilement jusqu’à son bout dans l’oasis de Rogba. J’ai occupé la « Rahba » la place, j’ai colonisé les Ksars, les bazars, les maisons dar dar…, j’ai pris en butin, l’huilerie et l’hôtel Gazala, la résidence de Bourguiba, en commençant par les fabriques de cornes de gazelles, aux amandes et miel. Miam, miam… Ainsi, Boughmiga le néanderthalien, descendu il y a trente ans en colère vers la mer, des montagne de Brourmet et Bougarnine surplombant Tataouine, le voila revenu, maintenant, en monstre aquatique amphibie « loch Ness », réinvestir ces espaces de highlanders, des braves résistants et des sept dormants. A propos de dormants…euh, voyons, après une révolution !!! …passons… Après un repos de guerrier mérité, dans l’oasis ombragé, avec du thé, du lait caillé et quelques verres sucrés de jus de palmiers, Boughmiga, enfourcha sa monture, vers l’aventure. Juste après la région touristique et le musée de la mémoire de la terre, au croisement entre arabes et berbères, il fit halte, comme Rommel autrefois, dans l’attente de Montgomery et les alliés exténués par le désert. En effet, comme si vous étiez présents, l’endroit est un guet apens, un goulot d’étranglement, pour les éventuels assaillants, infanterie, blindés ou même l’aviation. Accueilli pour une population paisible de « Goundi », Boughmiga parvint en vain, au premier blockhaus, un mastodonte de fer et de béton, avec un trou pour le canon. Au fond, Boughmiga, avait constaté qu’il n’avait rien, les mains nues, ni eau, ni bâton, mais pour un néanderthalien, c’est rien. De là, il monta s’accrochant à quatre pattes dans les parois d’une tranchée creusée à même la pierre et couverte discontinuellement par de colossales dalles de ciment. Quand il devait passer à ciel ouvert il se faufilait furtivement pour éviter les rafales des Hurricanes, les Spitfires, ou les Hurribombers. Heureux que la sueur qui lui tombait dans les yeux n’était pas du sang, Boughmiga « Fritz », continua jusqu’à une sorte de grand complexe souterrain, avec une grande salle et plusieurs autres chambrettes adjacentes qui auraient servis en quartier général pour . Des graffitis, au charbon, étaient partout sur les murs, trahissant les passages des dizaines, de jeunes Tataouini, de France et de d’Italie. Soudain, le bruit assourdissant des bombes, retenti et le choc fit frissonner la montagne, pendant que le grand canon anti-aérien, à moitié sous terrain, déchirait le ciel par ses salves meurtrières. Sous le regard hagard d’un beau lézard, surpris de cette étrange créature époustouflée et imposante, Boughmiga se réveilla, de ce « blitz », ce moment éclair, sur l’histoire des ses « frères » morts stupidement dans toutes les guerres. Il continua quand même, la prospection des casemates, une à une jusqu’au sommet du plateau, luttant contre le vertige, la soif et la fatigue. Avec un genou révisé, un poumon amorti, des reins macro-lithiques, et une tête heureusement bornée et déterminée, ça s’arrange dans touts les cas, il suffit de croire en soi. Toutefois, il ne manqua pas, profitant de l’écho des vallées et l’entonnoir des tranchés, de formuler à haute voix un discours à la population locale, excédée par le flux et reflux des alliés, des « axiotes », des Gaulois, des Fellagas…. « Salamaleykoum mes amis, bandes de Goundis, je m’excuse de cette intrusion dans votre bastion, dérangeant ainsi, votre quiétude et vos honorables habitudes. Je sais, je sais, que vous êtes bien intégrés et vous ne faites pas de mal, ni en amont ni en aval de votre cycle comportemental… Restez-y mes amis, ce sont vos espaces naturels, éternels, et ce dérangement des humains, que vous subissez ainsi, est conjoncturel sans appel. Paix sur vous, mes amis Goundis ». Dans l’oued d’en bas, j’ai commencé à observer les pierres, les arbustes et les plantes et les travaux des hommes pour se frayer un bout de terrain capable de produire un olivier ou un figuier. Bien sur, je suis hanté par la préhistoire et quand j’ai trouvé une grosse pierre, ressemblant à une meule géante et pendant que je la retournais glissant ma main entre elle et le sol, j’ai senti un léger mouvement sur le dos des doigts de ma main et « je ne vous dirais pas » la taille du scorpion qui en était la cause, heureusement, il était en légère hibernation et sujet à une léthargie salvatrice dans ce lieu isolé. Certainement, Boughmiga était protégé par la « Baraka de Sidi Boujlida ». Le soir, dans sa grotte, Boughmiga, révisant les péripéties de la journée, dans le ventre de la mère terre, dans l’histoire, dans les risques extrêmes et suicidaires, il a convenu, que lui aussi était un véritable « monstre », un monstre de paix, d’amitié avec les hommes, les animaux, les êtres et la matière. Dieu merci pour ce bonheur infini.

Lihidheb mohsen 20.05.2013