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Migrants en Tunisie: entre sardines et clandestins, les pêcheurs de Zarzis sauvent des vies et cherchent des solutions

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INTERNATIONAL – Petit matin au port de pêche de Zarzis, Sud-Est tunisien. Une dizaine de chalutiers rentrent de douze heures passées au large, parfois plus. Tout un monde s’affaire à décharger les thons et les sardines, à les placer dans les bacs à glace, à vider les filets, à en défaire les nœuds.

Certains se plaignent des trous: ils vont devoir raccommoder. Le monde entier aime les dauphins ? Les pêcheurs s’en passeraient bien, ce sont les dauphins qui déchirent les filets. “Ils sont tellement intelligents”, soupire Kamel entre admiration et amertume.

Mais les dauphins, ils n’en parleront que tout à la fin. Après avoir vidé leur sac. Un sac plein d’histoires moches.
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A la pêche aux “harragas”

Ils sont aujourd’hui une quarantaine de pêcheurs sur le ponton, et quasiment tous ont déjà sauvé des vies. Le grand exode des migrants qui partaient de Zarzis est terminé, mais les “harragas” (migrant clandestin qui prend la mer depuis le Maghreb pour rejoindre l’Europe) partent désormais de Libye.

Des embarcations prennent l’eau, des bateaux tombent en panne. Des centaines de clandestins, serrés comme des sardines, se retrouvent à la dérive. Il n’est pas rare qu’un chalutier tunisien, parti au loin pour trouver les bancs, tombe par hasard sur ces naufragés à moitié morts de soif.

Ils s’organisent alors, car les migrants sont trop nombreux. Le chalutier contacte les autres pêcheurs de sortie, qui le rejoignent. Il contacte aussi les garde-côtes ou la Garde nationale, qui se mettent en route. Les migrants sont répartis sur les bateaux et ramenés à bon port.

Parfois, il faut laisser les morts. L’année dernière, Kamel a dû repartir sans une femme et son enfant, trouvés sans vie dans une embarcation de fortune.

“Il y a tant de morts en mer”

Aujourd’hui, les pêcheurs sont soulagés: ils ne déchargent que du poisson. Depuis le début du mois de mars, ils ont déjà sauvé cinq bateaux. Le dernier, ils l’ont trouvé le 24 avril.

Avec son chalutier et son équipage, Kamel a participé à six opérations de sauvetage en à peine cinq ans. La dernière fois, c’était une embarcation d’environ 100 personnes. Il est resté sept heures à faire le transfert.

“On est obligés de les sauver, sans quoi pour eux c’est la mort assurée”, insiste Kamel. “Il y a tant de morts en mer, bien plus qu’il n’y a de gens arrivés sains et saufs à Lampedusa”.

Lui-même a fait une fois le voyage vers l’Europe. Le constat est sec: “C’est la merde”.

Egalement capitaine de son propre chalutier, Habib s’attend à voir de plus en plus de harragas sur sa ligne d’horizon. “Ils sont tellement nombreux à vouloir aller en Europe […] et beaucoup trop nombreux sur de si petits bateaux”.

Les vieux zodiacs à la dérive, les pêcheurs les qualifient avec ironie de “bus confort”. Même l’humour est bon pour digérer l’horreur.

Trouver des solutions

Si les circonstances ont fait d’eux des héros de tous les jours, les pêcheurs n’en font pas moins face à des problèmes de taille. Chaque opération de sauvetage leur coûte une sortie en mer, soit jusqu’à 2000 dinars par chalutier. Une perte importante pour les capitaines, qui ne rechignent pas pour autant à jouer les garde-côtes.

Le deuxième défi est sanitaire. Sans formation et sans matériel, les pêcheurs ne peuvent ni s’occuper de blessés, ni se protéger, eux et leur équipage, des maladies qui courent sur certaines embarcations.

Réunis dans le local de l’association “Le pêcheur pour le développement et l’environnement”, ils sont une dizaine, les traits fatigués après une nuit en mer, à discuter en long et en large des solutions nécessaires. Ils travaillent actuellement à une éventuelle coopération avec Médecins Sans Frontières.

Ce soir, ils repartiront en mer dans l’espoir d’une bonne pêche. Et ils scruteront aussi l’horizon, tous projecteurs allumés, la boule au ventre.

Ce reportage a été publié à l’origine sur Le HuffPost Maghreb le 27 avril.