Zaratt

Au début, je voulais descendre sur Oued El Akarit, ce tranché stratégique naturel, cette limite de la Tripolitaine, ce site préhistorique confirmé…, mais au niveau du croisement de Mareth, j’ai viré brusquement à droite vers Zaratt, cette ville que je ne connaissais pas encore. Bien sûr, comme un Boughmiga qui se respecte, un Akkari tanné par le sel de la mer, je me suis dirigé directement vers la côte, pour humer l’air marin et satisfaire ma nostalgie maladive. Les gens sortaient vers leurs champs de palmiers, de grenadiers, de Henné et de corètes et les enfants s’empressaient vers les bus scolaires, avec des regards interrogatifs sur cette voiture aux vitres fumés et au passager inconnu, qui passe à travers la ville aussi tôt le matin. La plage, si on peut l’appeler ainsi, était en chantier, des routes, des trottoirs, des travaux divers, promettaient une infrastructure et une logistique d’accueil pour les estivants à venir. Comme presque partout dans le golfe de la petite Syrte, Gabés, la mer est peu houleuse et les marées font reculer la mer sur une grande distance. Le port que j’ai vu de loin, parait très actif et sa renommée dans la production de poisson est reconnue. Bien sûr, le contemporain n’était pas ma principale préoccupation, qui tendait plutôt vers la beauté des paysages naturels et la localisation par le « sniff », des sites et stations historiques. En effet, ma première descente de la voiture était relativement fructueuse, mais la deuxième était un vrai « Bingo ». Des tessons rouges phéniciens, des coquillages, des poteries à prédominance en gorge de pots, des blocs de pierres dont certains sont taillés en forme de base de pilonne, un four modeste, sans oublier l’omni présence des traces d’excavations malhonnêtes et pirates. Dans un endroit bien précis du site, j’ai constaté un grand nombre de pierres beiges et noires de mosaïque éparpillées sur le monticule, ce qui veut dire que l’endroit était habité pour une longue période et il y faisait bon vivre, surtout devant un endroit aussi poissonneux. J’étais surpris de ne pas trouver des débris de la moindre monnaie ou de métal qui normalement coïncidait avec cette période. Toutefois, j’ai eu le réflexe de chercher du silex, car je me suis dit qu’il y aurait certainement des gens qui ont habité auparavant cet endroit pour que les phéniciens s’y installent et effectivement, tout autour du site, j’ai pu récolter une bonne quantité de silex taillé approximativement à la manière du paléolithique supérieur. J’étais très heureux de cette traçabilité et cette traque par l’investigation et le palpage de notre passé commun. A midi, mordant dans un bout de pain et deux morceaux de fromage, j’ai quitté l’endroit, mais l’ensablement de la route côtière m’avait dissuadé et dû me diriger vers la direction opposé qui me fit rouler sur des kilomètres pour me retrouver dans une impasse lagunaire où j’ai failli m’enliser dans un paysage terrible de solitude et de sable mouvant. Tout en revenant sur mon chemin, je regardais à droite et à gauche dans une sorte de lecture et d’appréciation du relief, quand j’ai vu quelques monticules de terre vers lesquels j’ai pris un raccourci difficile. Le premier endroit comprenait les traces en silex du paléo inferieur, peut être vers la période d’Adam et Eve, pas Smith et Braun bien sûr. Le deuxième monticule, je ne vous dis pas, du paléo supérieur, qui m’a pris jusqu’à quatre heures de l’après-midi sans m’arrêter, ce qui faisait huit heures de marche presque sans stop. Curieux, un berger est passé près de moi, pour s’informer de ce que faisait un homme au milieu de nulle part, à s’incliner sur des n’importe quoi. A la maison, au travail, … tout le monde avait constaté l’impact de cette journée sur mon humeur et ma joie de mettre en relief la valeur historique de cette ville et cette région. Avec les carrés de pierre des mosaïques, j’ai formé le nom de cette ville, dans un tableau éphémère, par un scribe éphémère et passager, à la mémoire de nos ancêtres communs.

Lihidheb mohsen 02.11.2011